Repenser la rareté de l'eau : le rôle de la gestion des terres en Afrique
Une analyse de la manière dont la dégradation des terres et les décisions politiques contribuent à la rareté de l'eau en Afrique, soulignant la nécessité d'une gestion intégrée des terres et de l'eau.
La rareté de l'eau en Afrique a traditionnellement été abordée par des projets d'infrastructures à grande échelle tels que les barrages, les puits profonds et les usines de dessalement. Bien que ces mesures aient apporté un soulagement à court terme, elles négligent souvent la cause sous-jacente : le ruissellement rapide des eaux de pluie dû à la dégradation des terres et de la végétation. Les paysages sains absorbent naturellement l'eau et la libèrent lentement, mais les zones dégradées entraînent un ruissellement immédiat, l'érosion et des inondations, réduisant ainsi la recharge des nappes phréatiques.
Cette situation n'est pas uniquement un problème climatique, mais résulte de décisions d'utilisation des terres qui ont privilégié les infrastructures au détriment de l'entretien des sols et des cycles hydrologiques locaux. Les systèmes centralisés ont souvent remplacé les pratiques locales qui géraient l'eau par dispersion plutôt que par concentration. Par conséquent, des investissements croissants sont nécessaires pour compenser des territoires qui ne retiennent plus efficacement l'eau, transformant l'insécurité hydrique en un défi de gestion persistant.
Pour résoudre ce problème, il faut reconnaître les limites des solutions technologiques. Si des infrastructures comme les usines de dessalement et les transferts interbassins peuvent fournir de l'eau, elles ne restaurent pas les conditions nécessaires à une disponibilité durable de l'eau. Réhydrater les territoires dégradés par la restauration des sols, la récupération de la végétation et la rétention de l'eau à l'échelle du paysage peut réduire les risques d'inondation, renforcer les systèmes alimentaires, diminuer la dépendance énergétique et stabiliser les moyens de subsistance ruraux. Ces bénéfices, souvent négligés dans les analyses coûts-bénéfices conventionnelles, sont essentiels pour la stabilité sociale et écologique à long terme.
La restauration des cycles hydrologiques implique des défis de gouvernance, notamment des décisions sur l'utilisation des terres, la reconnaissance des systèmes de connaissances diversifiés et les horizons temporels guidant les investissements publics. Une coordination efficace entre les ministères, des cadres juridiques protégeant les processus écologiques à long terme et la valorisation des pratiques locales et traditionnelles sont indispensables. Le rôle de l'État devrait se concentrer sur la redéfinition des critères de succès pour inclure la réduction des risques et la stabilisation des systèmes, plutôt que de mesurer uniquement les résultats des infrastructures.
En fin de compte, la souveraineté sur l'eau dépasse les infrastructures. Elle englobe la capacité d'une société à maintenir les conditions écologiques qui permettent à l'eau de rester là où elle tombe, de circuler localement et de soutenir la vie dans la durée. Aborder la rareté de l'eau nécessite de confronter les réalités structurelles et de reconnaître qu'il s'agit fondamentalement d'un enjeu de gestion, et non seulement d'une question technique.
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Savage Minds | SubstackVérification des faits
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